
Les yeux qui piquent, le nez qui coule, la peau qui gratte, les éternuements qui s’enchaînent… Le printemps est là, et avec lui, son cortège de symptômes que l’on connaît bien, autant de manifestations d’un même phénomène, une réponse immunitaire qui s’emballe face à des substances pourtant inoffensives.
La phytothérapie et l’aromathérapie ne remplacent pas un bilan allergologique ni un traitement médical prescrit. Mais elles offrent des ressources intéressantes pour accompagner l’organisme, soulager les symptômes et, surtout, travailler en amont. C’est précisément ce que nous allons explorer ici.
Une hypersensibilité immunitaire
Le système immunitaire a une mission : distinguer le soi du non-soi (l’étranger), et neutraliser ce qui menace l’organisme. Dans l’allergie, il commet une erreur d’identification. Il reconnaît une substance inoffensive, un grain de pollen, une protéine alimentaire, comme une menace, et déclenche une réponse de défense disproportionnée.
Cette substance, l’allergène, est mémorisée dès le premier contact : l’organisme fabrique des immunoglobulines E (IgE) spécifiques et devient sensibilisé. C’est lors des expositions suivantes que les symptômes apparaissent. Les IgE activent alors les mastocytes, cellules présentes dans les muqueuses nasales, bronchiques, cutanées, qui libèrent de l’histamine et d’autres médiateurs inflammatoires, responsables de la vasodilatation, de l’hypersécrétion et des démangeaisons.
L’allergie n’est pas une faiblesse immunitaire : c’est une hypersensibilité, une réponse trop intense à un stimulus qui ne la justifie pas.
Rhinite, sinusite et réactions cutanées : de l’inflammation aux symptômes
La muqueuse nasale est en contact direct avec l’air chargé de pollens. Sous l’effet des médiateurs inflammatoires, elle s’enflamme : congestion, hypersécrétion, éternuements. Lorsque l’inflammation gagne les sinus, cavités osseuses communiquant avec les fosses nasales, elle perturbe leur ventilation et leur drainage : sensation de pression, céphalées, perte partielle d’odorat.
La peau peut être tout autant concernée. Les mastocytes cutanés, activés par les IgE, libèrent eux aussi de l’histamine : les vaisseaux se dilatent, le liquide plasmatique s’infiltre dans les tissus, provoquant les plaques rouges, le gonflement et les démangeaisons caractéristiques de l’urticaire. Lorsque l’œdème touche les couches plus profondes du derme et des muqueuses, on parle alors d’angiœdème , potentiellement plus sévère. C’est le cas, par exemple de l’oedeme de Quincke.
Dans tous les cas, qu’il s’agisse des voies respiratoires hautes ou de la peau, le mécanisme est identique : une libération massive de médiateurs inflammatoires en réponse à un allergène reconnu à tort comme une menace.

Le microbiote intestinal : une priorité avant tout
On l’oublie souvent, mais près de 70 % des cellules immunitaires résident dans l’intestin. Le microbiote, cet écosystème de milliards de micro-organismes qui peuplent notre tube digestif, joue un rôle central dans la régulation de la réponse immunitaire, y compris dans la prédisposition aux réactions allergiques. Un microbiote appauvri ou déséquilibré favorise une réactivité immunitaire excessive. Prendre soin de l’axe intestin-immunité, c’est agir en prévention, tout au long de l’année, bien avant l’arrivée des pollens.
Quelques habitudes quotidiennes y contribuent :
- Diversifier l’alimentation, en privilégiant les végétaux variés, sources de fibres prébiotiques qui nourrissent les bonnes bactéries.
- Intégrer des aliments fermentés : yaourts au lait entier, kéfir, choucroute, miso, kimchi… autant de sources naturelles de bactéries bénéfiques.
- Limiter les perturbateurs : antibiotiques sans nécessité, aliments ultra-transformés, stress chronique, autant de facteurs qui appauvrissent la diversité microbienne.
- Prendre le temps de mâcher : la digestion commence dans la bouche, et une mastication insuffisante fragilise l’ensemble de la chaîne digestive.
Un microbiote équilibré ne fait pas disparaître une allergie déclarée, mais il contribue à moduler l’intensité de la réponse immunitaire. C’est un travail de fond.
Les plantes de l’allergie
Le cassissier — Ribes nigrum
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Les feuilles de cassis sont riches en quercetine et proanthocyanidines. La quercétine agit directement sur les mastocytes en inhibant la libération d’histamine. Elle module également la production de cytokines pro-inflammatoires, contribuant à réduire l’intensité de la réponse allergique. Les proanthocyanidines sont aussi antiinflammatoires. C’est cette double action, antihistaminique et anti-inflammatoire, qui fait du cassis un allié pertinent dans le contexte des allergies saisonnières.
Formes et usages
- Tisane de feuilles : usage traditionnel bien établi, indiquée pour accompagner les manifestations allergiques des voies respiratoires hautes et les réactions cutanées.
- Extrait alcoolique de feuilles (teinture-mère) : forme concentrée permettant une administration plus précise.
- extrait glycérinés de bourgeons de cassis (gemmothérapie)
Note sur la gemmothérapie Le macérat de bourgeons de cassis est reconnu dans les pharmacopées française et britannique pour ses propriétés anti-inflammatoires et immunomodulatrices. Les données scientifiques disponibles, notamment une méta-analyse (2025) sur la quercétine et une étude pilote (2023) sur l’extrait gemmothérapeutique lui-même, soutiennent cet usage, même si les essais cliniques dédiés restent encore peu nombreux.
La nigelle — Nigella sativa
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L’huile de nigelle est riche en thymoquinone. Elle inhibe la production de médiateurs inflammatoires et exerce un effet antihistaminique. Des études cliniques en double aveugle ont montré une réduction des symptômes subjectifs de la rhinite allergique, congestion nasale, prurit, éternuements, ainsi qu’un effet bronchodilatateur dans le contexte de l’asthme allergique. La nigelle potentialise également la désensibilisation spécifique chez les patients suivant une immunothérapie allergénique.
Formes et usages :
- Huile végétale de nigelle par voie orale : c’est la forme la plus étudiée pour les manifestations allergiques des voies respiratoires hautes, rhinite, sinusite allergique, ainsi que pour l’asthme d’origine allergique.
- Huile végétale de nigelle par voie cutanée : des études cliniques suggèrent une efficacité comparable à la bétaméthasone topique dans l’eczéma des mains, sans les effets indésirables associés aux dermocorticoïdes.
Précautions : Des cas de dermatite de contact allergique ont été rapportés après application cutanée, un test préalable sur une petite zone reste prudent. L’usage est déconseillé à fortes doses chez la femme enceinte en raison d’un effet abortif potentiel. En cas d’insuffisance rénale, une vigilance particulière s’impose.
Le plantain — Plantago lanceolata et Plantago major
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Les mucilages contenu dans le jus de plantain forment un film protecteur sur les muqueuses irritées, réduisant leur perméabilité et limitant le contact avec les allergènes. L’aucuboside et les flavonoïdes exercent une action anti-inflammatoire et antihistaminique complémentaire. Le plantain agit ainsi à la fois comme protecteur mécanique des muqueuses et comme modulateur de la réponse inflammatoire locale.
Formes et usages :
- Collyre : usage ophtalmique pour soulager les yeux irrités, larmoyants et prurigineux liés aux allergies saisonnières. Des collyres à base de plantain sont disponibles en pharmacie sans ordonnance, une option pratique et bien tolérée.
- Macérat huileux : usage cutané, pour apaiser les peaux réactives, les plaques d’urticaire et les démangeaisons. Sa texture permet une application douce sur les zones enflammées.
- Extrait alcoolique (teinture-mère) : usage par voie orale, pour agir sur les muqueuses respiratoires, rhinite, irritation pharyngée, toux d’origine allergique.
À noter : Les deux espèces sont utilisables de façon similaire. Plantago lanceolata est la plus couramment employée en phytothérapie européenne ; Plantago major lui est botaniquement proche et partage les mêmes indications.
La camomille allemande ou matricaire — Matricaria recutita
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Mécanisme d’action : Le chamazulène et l’alpha-bisabolol, deux constituants majeurs de l’huile essentielle de matricaire, exercent une puissante action anti-inflammatoire en inhibant la production de prostaglandines et de leucotriènes, des médiateurs impliqués dans les réactions allergiques cutanées. L’alpha-bisabolol possède en outre des propriétés apaisantes et accélératrices de la cicatrisation.
Formes et usages :
- Huile essentielle de camomille allemande diluée dans une huile végétale : application cutanée sur les zones concernées, plaques urticariennes, peau réactive, démangeaisons. La dilution est impérative ; l’huile essentielle pure ne s’applique pas directement sur la peau.
Précautions : Contre-indiquée chez la femme enceinte et le jeune enfant. Appartenant à la famille des Asteraceae, elle est déconseillée chez les personnes allergiques à cette famille botanique.
Le calendula — Calendula officinalis
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Mécanisme d’action : Les triterpènes et les flavonoïdes du calendula exercent une action anti-inflammatoire locale en inhibant les médiateurs de l’inflammation. Les polysaccharides stimulent la cicatrisation tissulaire et renforcent la fonction barrière de la peau — particulièrement pertinent dans le contexte des réactions cutanées allergiques où l’intégrité épidermique est compromise. Les caroténoïdes contribuent quant à eux à la protection et à la régénération cellulaire.
Formes et usages :
- Macérat huileux : obtenu par macération des fleurs de calendula dans une huile végétale, il s’applique directement sur les zones irritées, les plaques d’urticaire et les peaux réactives. Doux et bien toléré, il convient aux peaux sensibles.
- extrait hydroalcoolique
Précautions : Comme la camomille allemande, le calendula appartient à la famille des Asteraceae. Une allergie croisée avec d’autres plantes de cette famille, ambroisie, arnica, chrysanthème, est possible.
En conclusion
Phytothérapie et aromathérapie offrent des ressources réelles pour accompagner les manifestations allergiques saisonnières, qu’il s’agisse des voies respiratoires hautes, des yeux ou de la peau. Plantain, nigelle, cassis, camomille allemande, calendula : chacune de ces plantes agit selon des mécanismes documentés, complémentaires les uns des autres.
Pour autant, leur utilisation ne s’improvise pas. Plusieurs points de vigilance s’imposent :
Ne jamais interrompre ni remplacer un traitement prescrit par un médecin ou un allergologue sans son accord. Les approches naturelles s’inscrivent en complément d’une prise en charge médicale, jamais en substitution.
Demander conseil avant de commencer, auprès d’un professionnel de santé ou d’un pharmacien : certaines plantes présentent des contre-indications spécifiques, grossesse, allaitement, pathologies chroniques — et des interactions médicamenteuses possibles sont à vérifier selon votre situation personnelle.
Tenir compte de votre profil allergique : deux des plantes présentées ici, la camomille allemande et le calendula, appartiennent à la famille des Asteraceae. Si vous êtes allergique à l’ambroisie ou à d’autres plantes de cette famille, leur usage nécessite une précaution particulière.
Les allergies saisonnières s’inscrivent dans la durée. Agir sur l’équilibre immunitaire via le microbiote, soutenir l’organisme avec des plantes adaptées, et maintenir un dialogue ouvert avec son médecin : c’est cette approche globale et cohérente qui fait la différence.
Claire Poirier
DU phytothérapie et aromathérapie clinique, DU santé diététique et physionutrition, Université Grenoble Alpes
Références
Cassis
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Nigelle
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- Yousefi M, Barikbin B, Kamalinejad M, Abolhasani E, Ebadi A, Younespour S, Manouchehrian M, Hejazi S. Comparison of therapeutic effect of topical Nigella with Betamethasone and Eucerin in hand eczema. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2012 Dec 1. doi: 10.1111/jdv.12033. PMID 23198836
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matricaire ou camomille allemande
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Calendula
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