
Matricaria recutita (L.)
Famille : Asteraceae
Autres noms : camomille allemande, camomille matricaire, camomille sauvage, petite camomille
Description et habitat
La matricaire ou camomille allemande est une plante annuelle légère et gracieuse, aux tiges dressées et très ramifiées pouvant atteindre 20 à 50 cm. Ses feuilles, abondamment divisées en fines lanières, lui donnent un aspect vaporeux caractéristique. Ses capitules floraux sont immédiatement reconnaissables : des ligules blanches entourent un cœur jaune bombé et creux, ce réceptacle conique creux est le critère d’identification le plus fiable pour la distinguer de la camomille romaine. Froissée, la plante dégage une odeur aromatique douce et fruitée, légèrement pommeuse, qui lui a d’ailleurs valu son nom grec khamaimêlon (pomme rampante).
Elle pousse spontanément dans les lieux incultes, les bords de chemins et les terrains perturbés. Abondante en Europe centrale et en Afrique du Nord, elle est également largement cultivée pour la production d’huile essentielle, principalement en Allemagne, en Hongrie et en Égypte.
Parties utilisées
Les capitules floraux, récoltés en pleine floraison. L’huile essentielle est obtenue par distillation à la vapeur d’eau de ces mêmes capitules.

Formes disponibles
Extraits aqueux et hydroalcooliques : les capitules séchés se préparent en tisane ou entrent dans la composition d’extraits hydroalcooliques (teinture-mère, extrait fluide, extrait sec). Ces formes permettent d’extraire les composés hydrosolubles : flavonoïdes, mucilages, coumarines.
Extraits huileux : l’huile essentielle, obtenue par distillation à la vapeur d’eau, concentre les composés volatils liposolubles de la plante, dont le chamazulène et l’alpha-bisabolol. C’est la forme la plus utilisée dans le contexte des réactions cutanées allergiques. Elle s’utilise exclusivement diluée dans une huile végétale.
Composés notables
Capitules (plante entière) :
- huile essentielle (0,3 à 1,5 % du capitule sec) dont le chamazulène et l’alpha-bisabolol (voir l’huile essentielle ci-dessous)
- flavonoïdes (plus de 30 composés) : apigénine, lutéoline, quercétol et leurs dérivés glycosylés
- mucilages (3 à 10 %)
- coumarines : herniarine, ombelliférone, scopolétol
- lactones sesquiterpéniques : matricine, précurseur du chamazulène
- polysaccharides (fructanes de type inuline)
Huile essentielle :
- chamazulène (2 à 24 %) : sesquiterpène bleu intense, formé lors de la distillation à partir de la matricine
- alpha-bisabolol (2 à 60 %) : sesquiterpénol aux propriétés anti-inflammatoires et cicatrisantes
- bisabololoxydes A et B, bêta-farnésène, spiro-éthers
Propriétés et mode d’action
La camomille allemande est une plante aux propriétés larges et bien documentées, qui agit sur plusieurs sphères simultanément.
Sur la peau et les muqueuses, le chamazulène et l’alpha-bisabolol constituent le duo anti-inflammatoire central de l’huile essentielle. Le chamazulène inhibe la formation de leucotriène B4, bloque la peroxydation de l’acide arachidonique et exerce une puissante action anti-allergique. L’alpha-bisabolol réduit l’inflammation locale, apaise les irritations et accélère la régénération tissulaire.
Sur la sphère digestive, la plante entière (extraits aqueux et hydroalcooliques) exerce une action antispasmodique par inhibition de la cAMP-phosphodiestérase, avec une efficacité comparable à celle de la papavérine pour le bisabolol et les dicycloéthers. Elle est gastro-protectrice, anti-ulcéreuse et réduit la production de liquide gastrique acide. Ces propriétés en font une plante traditionnellement utilisée dans les spasmes intestinaux, les gastrites, les ballonnements et les dyspepsies fonctionnelles.
Sur la sphère nerveuse, les flavonoïdes, notamment l’apigénine, ont une affinité pour les récepteurs benzodiazépiniques centraux, sans effet anticonvulsivant ni myorelaxant. Des essais cliniques ont documenté une action anxiolytique et antidépressive à des doses standardisées d’extrait de camomille (1500 mg/jour d’extrait de camomille). La plante est traditionnellement utilisée pour favoriser la détente et le sommeil léger.
Sur la sphère gynécologique, la camomille allemande inhibe la production de prostaglandines et de leucotriènes dans l’endomètre, ce qui lui confère une action antispasmodique utérine documentée dans la dysménorrhée primaire et les douleurs menstruelles. Ces usages sont documentés dans la littérature scientifique par plusieurs essais cliniques, mais ne font pas partie des indications reconnues par l’EMA à ce jour.
Indications selon l’EMA (agence européenne du médicament)
Pour la plante :
- Médicament traditionnel à base de plantes utilisé pour le traitement symptomatique des troubles gastro-intestinaux mineurs tels que les ballonnements et les spasmes légers.
- Médicament traditionnel à base de plantes utilisé pour soulager les symptômes du rhume.
- Médicament traditionnel à base de plantes pour le traitement des ulcères et inflammations mineures de la bouche et de la gorge.
- Médicament traditionnel à base de plantes utilisé comme traitement adjuvant des irritations de la peau et des muqueuses de la région anale et génitale, après exclusion de toute affection grave par un médecin.
- Médicament traditionnel à base de plantes utilisé pour le traitement des inflammations cutanées mineures (coups de soleil), des plaies superficielles et des petits furoncles.
Pour l’huile essentielle
- Médicament traditionnel à base de plantes utilisé comme traitement adjuvant des irritations cutanées et muqueuses de la région anale et génitale, après exclusion de pathologies graves par un médecin.
Précautions d’emploi
L’huile essentielle s’utilise exclusivement diluée dans une huile végétale, jamais pure sur la peau. Des interactions médicamenteuses sont possibles avec des traitements dont l’élimination passe par les cytochromes P450 (notamment CYP1A2, CYP2D6, CYP3A4) : en cas de traitement en cours, l’avis d’un professionnel de santé ou d’un pharmacien est indispensable. Une interaction potentielle avec la warfarine (anticoagulant) a été signalée pour la plante entière.
La camomille appartient à la famille des Asteraceae : les personnes allergiques à d’autres plantes de cette famille (ambroisie, arnica, armoise, chrysanthème) présentent un risque de réaction croisée. Un test préalable sur une petite zone de peau est recommandé.
En l’absence de données suffisantes, l’usage est déconseillé pendant la grossesse.
Éviter l’application en bain oculaire direct : en cas d’usage ophtalmique, toujours appliquer sur l’œil fermé. Pour l’huile essentielle, l’usage est déconseillé chez les enfants de moins de 12 ans, faute de données suffisantes. Pour la plante entière, les restrictions varient selon la forme galénique et l’indication — se référer aux recommandations EMA ou demander conseil à un professionnel de santé.
Fiche rédigée par Claire Poirier, experte en bien-être naturel et écologie pratique.
Références utilisées pour cette fiche
- https://www.wikiphyto.org/wiki/Matricaire
- du bon usage des plantes qui soignent – Jacques Fleurentin, Editions Ouest France, 411 p
- Manuel de phytothérapie écoresponsable – Aline Mercan, Editions Terre vivante, 254 p
- Monographie de l’union européenne pour la plante : https://www.ema.europa.eu/en/documents/herbal-monograph/final-european-union-herbal-monograph-matricaria-recutita-l-flos-first-version_en.pdf
- Monographie de l’union européenne pour l’huile essentielle : https://www.ema.europa.eu/en/documents/herbal-monograph/final-european-union-herbal-monograph-matricaria-recutita-l-aetheroleum-first-version_en.pdf
- pour les dysménorhée : Modarres M, Mirmohhamad AM, Oshrieh Z, Mehran A. Comparison of the effect of Mefenamic Acid and Matricaria Camomilla capsules on primary dysmenorrhea. J Babol Univ Med Sci. 2011;13:50–58
Cette fiche est un document informatif. Elle ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas une consultation avec un professionnel de santé.